Dormir pour apprendre, mais aussi pour oublier
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Le cerveau est un outil formidable. On ne peut qu’en convenir à la lecture de l’étude de Paul Frankland et Blake Richards de l’université de Toronto, publiée dans la revue Neuron. Les deux neurobiologistes ont fait le choix de s’intéresser, non pas seulement à la mémorisation, mais également à l’oubli, démontrant au passage l’impact de l’oubli sur notre capacité à analyser et à penser. Le sommeil, élément essentiel à la mémoire, rejoue, dans le secret de la nuit, ces phases de mémorisation et d’oubli, construisant des mémoires, celles de l’autobiographie. De jour comme de nuit, mémoriser, c’est aussi savoir oublier.

De l’importance de l’oubli

L’oubli n’est pas souvent vu d’un bon œil. Oublier est plutôt un terme négatif dans le vocabulaire courant, synonyme de négligence ou d’étourderie au mieux. Et au pire, le terme entraîne plutôt des considérations médicales et des noms de maladies craintes, voire redoutées. Et pourtant, l’oubli a ses bienfaits. « Il est quelquefois utile d’oublier ce que l’on sait », pensaient déjà les Latins au Ier siècle av. J.-C. Le cerveau a en effet la faculté de nous faire oublier, pour notre bien. Si cela vaut en cas de traumatisme émotionnel, où des mécanismes de protection psychologiques sont à même de se mettre en place, cela vaut également au jour le jour, nuit après nuit. « Il est important que le cerveau oublie certains détails peu importants afin de se concentrer plutôt sur les choses qui vont aider à prendre des décisions dans le monde réel », soutient le professeur Blake Richards, neurobiologiste, dans une étude parue en juin 2017 dans Neuron et cosignée avec Paul Frankland.

À l’heure de l’Internet, de l’intelligence artificielle (IA) et de la science-fiction à outrance, nous aimerions penser que le cerveau est un formidable ordinateur, capable de stocker inlassablement des données. Bien sûr et heureusement, le cerveau humain est plus complexe que les machines actuelles et ne se réduit pas à une simple zone de stockage. D’ailleurs, l’hypermnésie est plus un fardeau qu’une bénédiction et les quelques cas recensés par la science (cf. le patient « S » du neuropsychologue Alexandre Luria) ont montré qu’il s’agissait plus d’une maladie que d’un but à atteindre. En effet, à tout retenir, on ne retient plus rien. Le cerveau ne parvient plus à hiérarchiser les informations transmises et ainsi à les analyser dans le temps. Comme le rappelle justement Florence Rosier dans un article du Monde, l’écrivain Jorge Luis Borges l’avait pressenti dans l’histoire qu’il a contée de ce patient « S » dans Funès ou la mémoire (1944) : « Penser, c’est oublier des différences, c’est généraliser, abstraire. » L’homme n’est donc pas seulement un être de mémoire et de souvenirs, il est un être d’oubli, des oublis qui lui permettent de s’inscrire dans la réalité et dans une temporalité.

 

J’y pense et puis j’oublie

Robert Jaffard, neurobiologiste et notamment professeur émérite de l’université de Bordeaux, explique en ces termes la création d’un souvenir : « C’est grâce à la mise en réseaux des neurones qui ont été activés, ensemble, par les données à mémoriser ou par un apprentissage. Mais le premier encodage du souvenir est instable. Pour laisser une trace mnésique, ces ­réseaux doivent être consolidés. » En cela, l’Ancrage Mémoriel® répond à cette nécessité de venir retracer le chemin déjà tracé par ce premier encodage. Et, c’est un fait, la mémorisation demande bien souvent de la répétition.

Qu’en est-il de l’oubli dès lors ? Un premier type d’oubli concerne ces synapses, ce premier encodage qui s’affaiblit, parce qu’il n’a pas été sollicité de nouveau. On parle de « dépression synaptique à long terme (LTD) ». Mais il existe une autre forme d’oubli étonnante, qui ne constitue pas un échec de la mémorisation. Les auteurs de l’étude publiée dans Neuron affirment en effet que « plusieurs mécanismes favorisent la perte de mémoire ». Notamment, la création de nouveaux neurones dans l’hippocampe serait propice à l’oubli. C’est comme si de nouveaux neurones venaient s’imprimer intentionnellement sur les précédents afin de les reléguer au second plan, voire à l’arrière-plan. Notre cerveau utiliserait ainsi beaucoup d’énergie pour mémoriser, et tout autant d’énergie pour tenter d’oublier.

Quand le sommeil s’en mêle

Si ces mécanismes de mémorisation sont effectifs tout au long de la journée, ils prennent encore plus de sens la nuit, pendant le sommeil. Comme le souligne Robert Jaffard, « le sommeil lent joue un rôle clé. Il permet le tri entre ce qui sera archivé et ce qui sera effacé ». Pendant le sommeil, le cerveau prend donc le temps de hiérarchiser les souvenirs, tout comme de les sélectionner. Une étude menée sur des souris et publiée en février 2017 dans Science a d’ailleurs démontré l’importance du sommeil pour la mémoire.

Une autre étude, française cette fois-ci et publiée dans Nature Communications en août 2017, tendrait même à prouver que la phase de sommeil paradoxal et la phase de sommeil lent léger seraient des moments propices, où le cerveau continuerait « à percevoir et à traiter des informations », comme le souligne l’un des auteurs de l’article, le spécialiste du sommeil Thomas Andrillon. Et de poursuivre : « Nous avons montré que cela tient au fait que notre capacité de mémorisation varie selon les stades du sommeil, certains favorisant la mémorisation et d’autres l’oubli. » Ainsi, tandis qu’une partie de la nuit sert à renforcer certaines liaisons synaptiques et la mémorisation, une autre partie serait celle de l’oubli, celle qui donne la possibilité de faire le tri, de nettoyer le superflu et de ne garder que l’essentiel, ou presque. Apprendre, c’est aussi savoir oublier.

 

Du point de vue du formateur

Dès lors, comment intégrer ces découvertes en formation professionnelle ?
La mise en relief des informations transmises est un des axes importants à déployer. En hiérarchisant les données, il devient possible de garder un certain contrôle entre ce qui sera oublié et ce qui sera mémorisé.
Bien sûr, la répétition a également son rôle à jouer pour renforcer les traces mnésiques et contrer cette mécanique du cerveau qui vise à « surimprimer » de l’oubli sur des informations trop faiblement ancrées.
Enfin, le cerveau a besoin de moment de repos. Les pauses, voire de petites siestes, peuvent également s’inscrire dans le parcours de formation. Elles favorisent le tri d’informations réalisé par le cerveau, afin d’optimiser l’assimilation de celles-ci.
Ainsi, puisque l’oubli fait partie des processus de fonctionnement du cerveau, il est simplement essentiel de le prendre en considération lors de la création des modules de formation.

 

Les études

Université de Toronto

Revue Nature

Revue Science

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